Paule DUPIN *
Certaines représentent un
idéal mobilisateur bien qu'inaccessible dans la réalité : l'égalité par exemple. D'autres sont
des principes d'action plus concrets pour mener sa vie : ainsi l'honnêteté, la
tolérance ou la loyauté. Enfm d'autres, ou les mêmes, constituent des critères
pratiques de jugement d'une action: l'utilité, l'efficacité par exemple.
Les valeurs sont donc au coeur de notre vie
personnelle, sociale, professionnelle; ce sont des points d'appui permanents de
nos jugements, de nos décisions d'action, les justifications de nos
comportements individuels et collectifs.
Notre projet d'établissement
doit définir des actions à conduire jusqu'en 2010. Avant de commencer
à élaborer ces actions, il s'agit de regarder ce qui existe et de l'évaluer, de
poser un diagnostic.
Ce diagnostic s'appuiera sur les valeurs qui sont affirmées par notre
communauté éducative. A partir de ce que
nous percevrons comme forces ou faiblesses au regard de nos valeurs,
nous pourrons discerner les objectifs à poursuivre et les actions à mener.
Prenons le temps d'un petit tour d'horizon pour
comprendre comment se situe notre réflexion.
« L'Ecole française est le
produit d'une longue histoire, au cours de laquelle se sont forgées les valeurs
dont elle hérite aujourd'hui. On peut en tenter un rapide recensement. Du fonds
humaniste légué
par les universités médiévales, nous proviennent l'amour de la raison, le
respect de la culture, l'exigence de
liberté, un certain penchant pour l'élitisme. Des Compagnons, elle a repris le goût du travail bien fait et le sens de
l'effort. Du fonds républicain elle reprend les valeurs d'égalité et de
fraternité, le sens du service public et de l'intérêt général. Au fonds
démocratique elle emprunte la tolérance
et le respect de la dignité humaine. Du fonds socialiste et
anarcho-syndicaliste provient l'exigence de justice sociale. En tant
qu'institution éducative, elle a aussi développé l'autorité comme sens de la
responsabilité vis-à-vis des enfants et des jeunes. Enfin elle apprivoise aujourd'hui, non sans précaution et
avec raison, deux des valeurs phares de la société contemporaine : l'utilité et l'efficacité »
(Jean-Pierre OBIN – 2003- Administration et Education)
Nous prenons donc la suite de
cette longue histoire, pour écrire la nôtre, celle bien particulière de l'Ecole
des Métiers du Chien et de l'Animalerie, avec tous ceux qui constituent sa
communauté éducative. Elle ne sera pas l'addition simple des
valeurs de chacun. Les valeurs éducatives fondant notre projet
sont issues des réflexions que nous avons échangées au cours des rencontres conduites au cours de
l'année 2004 et du début de l'année 2005, avec les différents corps de métier
présents dans l'établissement, les élèves, les parents. La synthèse présentée
ici a été effectuée par un groupe de travail qui a relu l'ensemble des
comptes-rendus des réunions et a regroupé les idées-forces repérées dans chacun
d'eux.

Pour faire parler ces mots...
...reprenons ce qui
a été dit lors des réunions, sans ordre de priorité.
La citoyenneté, c'est d'abord la capacité à faire
autre chose que consommer, à penser que tout ne nous est pas dû, qu'il y a une réciprocité. C'est aussi la
capacité à comprendre et à s'impliquer dans un projet, et plus largement
dans notre société.
Nous pensons aussi qu'il nous
faut, à l'école, contrebalancer les tendances à l'individualisme du temps, par
une culture de
ce qu'on fait gratuitement, sans attente de retour.
Notre établissement se
distingue par la motivation de ceux qui y viennent pour se préparer par la
formation au secteur
d'activité qu'ils ont choisi. C'est essentiel. Cela doit aider à trouver en soi
la force pour surmonter les difficultés. Envie d'apprendre, de s'intéresser...
Nous voulons apprendre à ceux qui viennent ici à ne
pas abandonner, par exemple lorsqu'il s'agit d'aller plus loin en formation.
Ici, dans les Combrailles,
l'éducation souhaite donner lieu à diverses expériences positives pour ceux qui
la reçoivent.
La relation aux animaux en particulier, peut permettre de trouver ou de
retrouver un épanouissement personnel, une confiance en soi.
Ces réussites, sous des formes
et dans des domaines divers, rendent capables d'oser avancer et d'innover. Il nous faut apprendre à
prendre des risques après les avoir pesés.
Notre communauté éducative est
pluriculturelle, comme notre société. Nous vivons ici ensemble pendant de longs mois, dans une grande
proximité. Ces conditions font que nous sommes très sensibles à ces valeurs de savoir-vivre, de respect. Respect des personnes,
de leur travail, des choses petites ou grandes, des règles de vie en société,
et plus précisément politesse, droiture, loyauté. L'établissement doit être un
lieu où ces valeurs sont vécues au
quotidien, par chacun, c'est une modalité d'éducation et une condition
nécessaire de fonctionnement.
Des mots-clés pour toute école.
Permettre d'assimiler des connaissances pour une insertion professionnelle, mais aussi donner le goût
d'apprendre dans divers domaines, au-delà du métier, culturels, sportifs,
artistiques...
Etre professionnel au sortir de l'école qu'est-ce
que cela veut dire pour nous, au-delà des connaissances ?
la
modestie lorsqu'on arrive en entreprise, certes formé, certes diplômé, mais ne
sachant pas tout ; la connaissance et la compréhension des
valeurs du monde du travail ;
la
capacité à transposer ce qui a été appris dans l'établissement dans des situations
professionnelles variées, y compris dans d'autres métiers.
Les métiers auxquels nous
préparons demandent diverses formes d'autonomie : celle de l'éleveur, celle du vendeur qui va ajuster sa
proposition en écoutant son client, celle de l'agent de sécurité qui doit
décider vite et bien... Notre vie personnelle et sociale requière aussi cette
capacité, du fait des aléas. Etre capable de prendre tout seul la décision, d'assumer ses responsabilités, dans différents
cadres, aussi bien pour son orientation professionnelle que pour sa santé - être capable, et passer à l'acte-
c'est important et cela commence à s'acquérir en formation, à l'école et
en entreprise.
Le lycée est lieu de formation
et d'acquisition de connaissances, mais aussi un lieu d'exercice de droits et
de respect
d'obligations. C'est une structure composée d'espaces-temps scolaires
(pédagogie, éducation, administration, vie matérielle)
dans lesquels évoluent des ensembles (élèves, professeurs, agent d'entretien,
personnel de santé ...). Il doit devenir un lieu d'apprentissage et
d'épanouissement.
Pour que le lycée offre un cadre de vie agréable et
propice au travail, il est nécessaire que les élèves observent certaines
règles. Cela passe évidemment par le "règlement intérieur" dont
chaque élève doit prendre connaissance pour pouvoir
l'appliquer. Celui-ci rappelle les principes essentiels du respect des
personnes, des biens mobiliers et immobiliers.
Les élèves doivent se conduire de manière responsable en évitant au lycée des
dépenses inutiles, en s'interdisant
les dégradations, en usant d'aucune violence (ni physique ni morale ni
verbale). Ils ont le devoir de respecter les différences (principe de laïcité)
et de se montrer tolérants envers leur entourage.
L'obligation d'assiduité à
laquelle est tenue l'élève consiste à se soumettre aux horaires d'enseignement
définis par
1'EDT mais aussi à effectuer les travaux écrits demandés par les enseignants
(les leçons et devoirs doivent être réalisés avec le plus grand soin) et de se
soumettre aux contrôles des connaissances.
La première démarche en arrivant dans un
établissement est une démarche de connaissance : connaissance de
l'établissement et de son histoire, de l'environnement extérieur mais aussi et
surtout des besoins, intérêts, valeurs origines socioculturelles ... des
élèves. Prendre en compte la diversité des élèves et bien l'analyser,
doit permettre d'ajuster une attitude de départ, puis ensuite définir une
stratégie éducative tout en accommodant ses aspirations personnelles et les contraintes du terrain. Il faut aussi avoir
toujours présent à l'esprit que ce qui est vrai aujourd'hui peut ne plus l'être
demain, il faut donc préserver ses
facultés d'adaptation et d'imagination pou répondre à des situations
toujours nouvelles.
Les jeunes qui nous sont
confiés ont entre 15 et 20 ans en moyenne. Ils sont d'origine sociale,
culturelle différente.
Ils ont une hiérarchie des valeurs, une conception du monde, des niveaux
scolaires différents. Tout cela se traduit par des tenues vestimentaires, des
langages, des habitudes, des loisirs, des réactions ... multiples et
disparates. Tous ces paramètres doivent être pris en compte car ce sont des
indicateurs . En revanche, sous cette grande diversité , des invariantes
apparaissent (la puberté, l'affectivité, la revendication de justice, le besoin
d'autonomie ... ). La préoccupation essentielle sera de faire vivre ensemble
dans un climat de laïcité et de tolérance des populations hétérogènes.
Le milieu de vie joue un rôle
capital dans le développement de l'individu. La qualité de la vie collective est essentielle, il n'existe pas
de collectivité neutre, elle dégrade ou enrichit les individus qui la
composent. Un climat de vie scolaire se
crée, évolue, se détériore, s'améliore au cours du temps. L'adolescent a besoin
de ce cadre, de structures, de points de repère, d'exemples
pour se situer
et se développer. Et surtout, un certain maintien de la discipline qui
nécessite parfois le recours à la sanction. L'éducation ne peut échapper
à une face répressive.
Le nombre des élèves en difficulté augmente dans les
établissements; c'est pourquoi il est important avec l'ensemble des personnels
de contribuer à créer et à maintenir un climat de confiance
et de dialogue. La fonction d'écoute se traduit par une relation d'aide, de soutien, de
sécurité affective, de dialogue. On doit pouvoir proposer un accompagnement pour permettre à
l'adolescent de surmonter les difficultés et l'amener à les prendre en charge.
L'écoute n'est pas une technique mais avant tout une attitude, il s'agit bien
d'une manière d'être et d'un engagement dans la relation.
La sécurité des personnes doit
être un souci permanent : sécurité physique mais aussi
psychologique et affective. Toute la collectivité est concernée par ces
problèmes. Il existe de nombreuses instructions qui parviennent dansles établissements régulièrement, un comité
d'hygiène et de sécurité, des exercices d'évacuation codifiés ... mais la prise
en charge de la sécurité s'effectue par un état d'esprit, une attitude
d'observation et un comportement de prévention. C'est le devoir de tous
: personnel et élèves. Dans le domaine psychologique et affectif, les rôles
sont plus délicats et subtils et moins palpables. L'élève doit pouvoir être
accueilli, écouté , mis en confiance par un personnel de l'établissement. Cela
n'exclut pas des exigences en matière d'éducation et scolaire et l'expression
d'un éventuel désaccord : la bienveillance n'empêche pas la rigueur ni la
fermeté car si l'adolescent a besoin d'ouvertures, il a aussi besoin de
points de repères.
L'école a pour but d'éduquer et
d'instruire les hommes mais aussi des
citoyens quelque soit leur origine et dans le respect mutuel. La
politesse et
la plus grande correction de chacun sont exigées à l'égard de tous les membres
de la communauté ainsi qu'à l'égard de toute personne rencontrée.
Le bruit est une nuisance qui
doit être contrôlée par chacun dans son activité : écoute discrète de la
musique, ne pas crier etc.
Dans l'intérêt commun, il convient de respecter
les locaux et le matériel mis à disposition . Il incombe à tous d'y être particulièrement attentifs. Il convient également
de veiller à la propreté de l'établissement (salles rangées en fin de journée, papiers et affaires personnelles ramassés
...), et à éviter toutes formes de gaspillage (consommation abusive d'eau,
d'électricité, fermer les portes et fenêtres etc...).
Pour un jeune, l'internat est
une nécessité et rarement un choix. Néanmoins, l'internat présente beaucoup d'avantages : l'élève gagne
en temps, il est encadré dans son travail, li dispose de lieu et d'outils de
travail (CDI) ... les relations sont privilégiées, conviviales et
approfondies.
Les élèves internes sont encore
plus que les autres sensibles à la qualité de la vie scolaire. Le respect de
règles communes
et une
bonne organisation de l'internat doivent permettre aux élèves de trouver dans
des lieux et avec des dispositions qui évitent interférences et gènes
réciproques, des moments de travail, de détente et de repos.
La pédagogie du projet permet de
rendre la personne acteur-auteur de ses apprentissages, de développer une culture de travail en équipe
et une dynamique de groupe efficaces, d'associer de manière contractuelle
l'élève à l'élaboration de ses savoirs et de
valoriser un travail effectué. Il est important de tenir compte des besoins et
des intérêts de l'apprenant, de
renoncer peut être à une situation magistrale, de susciter la pensée et la
critique, d'évaluer le processus, les démarches autant que le produit,
de passer d'une situation d'enseignement à une situation d'apprentissage.
Les moyens d'action de cette
pédagogie sont fondés sur la motivation de l'élève suscitée par l'aboutissement
à une réalisation concrète. Ces actions permettront au fil du
temps de stimuler chez l'élève de la créativité, de confronter des avis, de
partager des émotions et à travers des réalisations concrètes de le valoriser.
Cette valorisation, cette estime permettront à leur tour de l'aider à construire sa
personnalité, de gagner en autonomie et responsabilisation.