Formation des acteurs et dynamiques des organisations

Formation des acteurs et dynamiques des organisations

quelles innovations ?

 

Le monde du travail depuis le début des années 1980 connaît une mutation profonde. La gestion de cette mutation par les acteurs nécessite de faire appel à des structures et à des modèles explicatifs nouveaux, à des processus psychologiques différents. L'ensemble des conduites sociales, personnelles et professionnelles sont profondément modifiées dans un monde "élargi", au sein duquel les interactions entre les personnes et les groupes sont plus nombreuses, plus rapides, plus "virtuelles". Le monde que chacun de nous doit se représenter devient difficilement "saisissable", car le rapport à l'environnement immédiat se déplace. Les technologies de l'information insèrent les personnes dans un mode plus abstrait où s'échangent des signes, des codes, des symboles, des représentations, ...

 

Les effets négatifs de cette mutation se manifestent en particulier par l'échec scolaire, le chômage pour ce que l'on nomme pudiquement "les bas niveaux de qualification", l'exclusion, le développement de comportements asociaux, voire violents.

 

La première réponse sociale et politique a été et reste centrée sur le développement de la formation tant "sociale" ‑ via des stages "d'insertion" ‑ que professionnelle. L'augmentation des dépenses de formation, tant dans les entreprises que dans le secteur public et social, rapportée aux effets escomptés de cette formation sur les différents terrains fait émerger une nouvelle problématique: si face à ces mutations les hommes doivent évoluer, changer, devenir à titre individuel plus "compétents", il doit en être de même des organisations dans lesquelles ces compétences peuvent s'exprimer.

 

Le constat est parfois sévère car des sommes très importantes sont investies dans des programmes lourds de formation sans que les objectifs en termes de réponses aux besoins tant professionnels que sociaux soient atteints. Paradoxalement d'ailleurs, c'est dans le domaine de la formation et de l'éducation que le constat est le plus rude : parmi les exemples, il nous en apparaît un fait assez significatif, à savoir le peu d'impact sur les pratiques réelles des enseignants qu'ont eu les milliers d'heures de formation consacrées au cours des deux dernières décennies sur le thème de "l'évaluation".

 

La tentation serait alors facile de "jeter le bébé avec l'eau du bain" en concluant que la formation ne sert à rien puisqu'elle ne débouche pas sur de nouvelles pratiques, puisqu'elle ne permet pas d'innover. Cependant, à y regarder de plus près, l'innovation est présente dans tout les domaines de la vie sociale, professionnelle ou personnelle : nous l'avons tous rencontrée et parfois même expérimentée... Ces initiatives, souvent nommées à tort "innovations", qui apparaissent ça et là, restent souvent liées à une personne "entreprenante", parfois à un petit groupe ; elles vivent quelques temps, perdurent parfois jusqu'à l'épuisement des personnes où jusqu'à l'éclatement du groupe et disparaissent...

 

Pour que l'innovation naisse, grandisse, se développe, et se reproduise ne faut‑il pas un milieu "écologiquement favorable" ? Et qu'en est‑il du rôle joué par les institutions qui appellent de tous leurs vœux un changement dont elles font peu de cas quand il dérange et bouscule ce que les spécialistes de l'analyse institutionnelle appellent "l'institué" ?

 

Nous proposons donc dans la prochaine université d'été de Juillet 2001 de réfléchir, dans une approche dialectique et systémique, aux rapports qu'entretient la formation des acteurs avec les différents types d'organisations dans lesquelles doivent et peuvent s'exprimer les compétences individuelles et collectives. Comment imaginer des processus de changement qui permettent de transformer l'initiative en innovation ?

 

En particulier, nous nous interrogerons sur les points suivants

 

1 ‑ L'innovation est‑elle le fait des acteurs de terrain ? On parle couramment d'actions innovantes, d'expérimentations ; on cite telle équipe, tel groupe de recherche‑action, telle initiative à l'origine du changement, de la modification de représentations, de dispositifs ou de systèmes... l'accouchement de ce changement a parfois été difficile voire douloureux...

 

Mais, nous l'avons évoqué, malgré les discours positifs, les institutions font la sourde oreille : l'action dite innovante reste confidentielle, étanche, et elle retombe parfois aussi vite qu'elle est née ...

 

On s'interrogera sur les raisons de la perte, sur les conditions du transfert qui ne s'est pas fait... et sur les raisons de continuer malgré tout.

 

2. L'innovation est‑elle le fait des décideurs institutionnels ?

 

Prenons l'exemple du système éducatif. Les textes officiels impulsés par le ministère depuis une dizaine d'années sont tout à fait positifs. Ces textes, pris à la lettre, sont d'une nature innovante indéniable et ils apparaissent comme susceptibles de modifier en profondeur le monde de l'éducation. Que ce soit dans la conception de savoirs plus cohérents et interdisciplinaires, de méthodes de travail plus efficaces pour les élèves, de l'incitation à la responsabilisation des établissements et à la professionnalisation des acteurs. Il est facile de constater que souvent les enseignants ignorent délibérément les textes, persuadés que ceux qui les écrivent ne connaissent pas les contraintes du terrain, ou plus cyniquement qu'une prochaine réforme réformera la réforme précédente ! Cependant, ceux qui ne peuvent se contenter de "continuer comme avant" sans rien voir du monde qui bouge autour d'eux continuent à chercher de nouvelles pistes de travail, à expérimenter, sans que les changements qu'ils impulsent trouvent un véritable répondant du côté des institutions.

 

Pouvons‑nous nous rassurer en nous disant que cela ne se passe que dans le monde éducatif, ou ne pouvons‑nous pas trouver de nombreuses analogies avec d'autres secteurs qu'ils soient publics ou privés ?

 

3. Si l'innovation n'est pas le seul fait de quelques acteurs de terrain astucieux et énergiques oeuvrant dans leur coin, ni le seul fait d'initiatives institutionnelles propulsant des textes bien argumentés avec la conviction de n'être pas vraiment entendues, ne peut‑on alors pas supposer qu'elle se construit au point de rencontre, à la jonction entre deux mondes pas aussi éloignés l'un de l'autre qu'ils n'en n'ont l'air ?

 

Au risque d'un truisme, ne peut‑on pas supposer que pour qu'il y ait innovation, il faut obligatoirement qu'il y ait une rencontre positive entre la recherche faite sur le terrain et la reconnaissance qu'en fera l'institution ; ce mouvement dialectique assurant alors caution, légitimité et espoir de durée ?

 

Est‑ce une "nouvelle alliance" qu'il faut construire ? Est‑ce une nouvelle syntaxe sociale et professionnelle s'appuyant sur un arrangement nouveau tout à la fois d'éléments anciens et d'inventions ? Le but serait alors de donner plus de sens à nos actions, et de mieux nous représenter et agir en relation au monde qui nous entoure...

 

La construction d'une telle entreprise implique de résoudre des problèmes de fond :

 

‑ Quelles compétences une telle rencontre suppose‑t‑elle de part et d'autre chez les acteurs de terrain et chez les responsables institutionnels ?

 

‑ Quels changements dans les organisation cela induit‑il ?

 

‑ Comment apprendre à gérer positivement les conflits qui naîtront nécessairement du choc des représentations ?

 

‑ Quelles formations sont alors nécessaires pour les gens dits "de terrain" ainsi que pour les décideurs ?

 

C'est à une construction innovante de l'innovation que nous vous convions quel que soit votre domaine professionnel. Plus les expériences en présence seront riches plus les pistes que nous élaborerons seront fécondes...

 

Le succès n'est possible que si le talent trouve son instrument et rien n'est pire qu'un système

tel que la qualité s'y consume dans l'impuissance.

Charles De Gaulle ‑ Mémoires d'espoir

 

ML & GC ‑ Octobre 2000

 

 

Université d'été ‑ Marseille 2001

Formation des acteurs et dynamiques des organisations

quelles innovations ?

 

contact : gchappaz@up.univ-mrs.fr

 

Voir aussi l'annonce concernant le colloque et la session de formation organisée en juillet 2001 et la liste des livres publiés.

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