La santé de l'enfant en milieu scolaire

La santé de l'enfant en milieu scolaire

G. VERMEIL, Ph. GURAN, V. COURTECUISSE, M. ARTHUIS

Résumé.

PÉDIATRIE PRÉVENTIVE ET SOCIALE

LA SANTÉ PHYSIQUE

LA SANTÉ MENTALE

Le fléchissement scolaire, un symptôme à ne pas négliger.

L'échec scolaire : agression psychique

LA SANTÉ SOCIALE

PROPHYLAXIE

HÉTÉROGÉNÉITÉ DES POPULATIONS SCOLAIRES

Les inégalités des vitesses de développement

LE RESPECT DES RYTHMES DE VIE ET L'AMÉLIORATION DE L'ORGANISATION DU TRAVAIL SCOLAIRE

La nécessité d'un sommeil quotidien de durée suffisante

La surcharge des journées scolaires

CONCLUSIONS

Références

 

Travail des Services de Pédiatrie du Centre Hospitalier de Versailles, et du Centre Hospitalier d'Orsay, Service de Neurologie‑ Pédiatrique de l'Hôpital Saint‑Vincent‑de‑Paul, Paris et de l'Unité d'Adolescents, Département de Pédiatrie, Centre Hospitalier de Bicêtre, Le Kremlin‑Bicêtre, accepté le 5 novembre 1985. Arch Fr Pediatr 1986; 43: 347‑51

 

 

Résumé.

 Les auteurs étudient les répercussions sur la santé de l'enfant du système scolaire, actuellement en vigueur. lis insistent tous particulièrement sur les causes des échecs qu'ils rapportent, pour la plupart, à une méconnaissance des différences individuelles et des inégalités de vitesse du développement physique et psycho‑affectif de l'enfant. La surcharge des journées scolaires, le non respect des besoins en sommeil et en activités extra‑scolaires, le dépassement des capacités d'attention, font également l'objet de développements.

 

Health of children at school

 

Summary. The authors studied the consequences of the present school system on children’s health. They emphasize the causes of failures, most/y related to a misappreciation of children's individual differences and inequalities of the rate of physical and psychoaffective development.

Overloaded school days, the lack of respect of sleep and extra‑curricular needs, the overlooking of attention capacities were also studied.

 

Key‑words : School health services ; Schools ; Child ; Pediatrics ; Adolescent medicine.

 

Le diplôme intervient, dans notre société, comme un élément fondamental de la hiérarchie. Le droit d'accès au marché du travail, la place dans l'estime collective, sont de plus en plus fonction de la réussite scolaire. Celle-ci devient l'objectif prioritaire, pour ne pas dire exclusif, de l'éducation : parents, enseignants et éducateurs de toutes espèces se laissent gagner, tout en s’en plaignant, par l’affolement d’un système qui retreint ou supprime dans la vie de l’enfant la part de rêve, d’imaginaire, de mouvement et de jeu dont on connaît pourtant l’absolue nécessité pour son développement normal. Les médecins, si fréquemment consultés aujourd'hui pour des difficultés scolaires, se doivent de dénoncer les répercussions de ce système sur la santé physique, psychique et sociale de tant d'enfants.

 

PÉDIATRIE PRÉVENTIVE ET SOCIALE

 

LA SANTÉ PHYSIQUE

 

Une cause scolaire est bien souvent à l'origine de troubles somatiques variés. Douleurs abdominales, vomissements, troubles du sommeil ou de l'appétit, céphalées, augmentation de fréquence des crises d'asthme ou de migraine, infections rhino-pharyngées récidivantes, sont des manifestations très habituelles dans lesquelles la scolarité peut avoir sa responsabilité. Certes, la vie de l'enfant n'est pas en danger mais il n’est pas normal qu'on rencontre de tels troubles avec une telle fréquence. En ce qui concerne le sommeil, nous estimons que les trois quarts des écoliers, des collégiens et des lycéens ne bénéficient pas d'un sommeil suffisamment régulier ni d'une durée de sommeil suffisante. La scolarité n'est pas seule en cause et les modes de vie de bien des familles y sont pour beaucoup. Mais l'aménagement des temps scolaires ne permet pas, actuellement, de réserver chaque jour le temps nécessaire à la satisfaction complète des besoins de sommeil de chaque enfant. Or il est important que l'équilibre entre éveil et sommeil soit recherché en priorité dans le cadre des 24 heures. L'insuffisance de sommeil et, notamment, l'amputation de la dernière période de sommeil profond par un réveil prématuré, nuit non seulement à la santé mais à l'efficacité des apprentissages scolaires. Il existe une forte corrélation positive entre la durée et la qualité du sommeil quotidien, d'une part, et la qualité des résultats scolaires d'autre part (1).

 

LA SANTÉ MENTALE

 

Les troubles psychiques de l'enfant d'âge scolaire ou de l'adolescent sont toujours précédés ou accompagnés de difficultés scolaires, si bien qu'il est difficile de savoir quel est le point de départ. C'est pourquoi il faut aborder le problème successivement sous ses deux aspects : répercussion de l'état psychique sur les activités scolaires et répercussion des difficultés scolaires sur l'équilibre psychique.

 

Le fléchissement scolaire, un symptôme à ne pas négliger.

 

Le fléchissement scolaire apparaît comme un symptôme très significatif qui mérite d'autres interven­tions que les admonestations ou les blâmes habituels. Les situations qui peuvent être découvertes à propos d'une baisse de rendement scolaire sont souvent préoccupantes et méritent, dans tous les cas, une écoute attentive.

Il s'agit souvent d'un problème somatique, bénin ou grave, réel ou fantasmé, dont le retentissement compor­temental est excessif. Il en est ainsi pour tout ce qui touche au problème du développement physique : poids, taille, puberté, morphologie, acné et, plus encore, pour les difficultés psychologiques qui comportent presque toujours une perturbation des systèmes de communication de l'enfant ou de l'adolescent. La fréquence des états dépressifs atypiques est grande, le fléchissement scolaire en est un des éléments constants. Cependant, le tableau s'enrichit souvent de symptômes trompeurs tels que fatigue, céphalées, douleurs abdominales, troubles des règles, anxiété, qui auront pour conséquence d'égarer le médecin vers des propositions médicamenteuses presque toujours inop­portunes.

Chez l'adolescent, le fléchissement scolaire peut révéler un usage abusif de médicaments allant jusqu'aux toxicomanies.

Il peut être le « marqueur » de perturbations de l'environnement familial et social parmi lesquelles les violences sont très fréquemment observées chez les adolescents, qu'il s'agisse de violences physiques, psychologiques ou de violences sexuelles souvent incestueuses.

C’est enfin un symptôme que l’on retrouve dans les trois quarts des observations précédant de 2 ou 3 mois une initiative de suicide chez l’adolescent. (2)

 

L'échec scolaire : agression psychique

 

Difficultés et échecs scolaires sont monnaie courante et on finit par les accepter comme faisant partie des tribulations normales de l'existence. Certes, contraintes et épreuves sont non seulement inévitables mais souhaitables dans la mesure où elles peuvent être surmontées dans de bonnes conditions. Elles devien­nent dangereuses et destructrices quand elles dépas­sent un certain niveau et que l'enfant ne trouve pas auprès de lui l'aide nécessaire. En ce qui concerne les avatars scolaires, il faut éviter à tout prix que le comportement des adultes, parents et enseignants, les transforme en agression à la personne tout entière: la difficulté ou l'échec scolaire fait oublier tout le reste ; l'enfant n'est plus qu'un écolier, aimé ou rejeté en fonction de ses seules performances scolaires et son absence de réussite en ce domaine fait de lui un individu intégralement mauvais. C'est sur tous les enfants que pèse le poids des projets que les parents forment consciemment ou inconsciemment à leur égard et de la mission dont ils se sentent investis.

L'agression ne concerne d'ailleurs pas que les mauvais élèves. Il est fréquent que la réussite scolaire soit le sous‑produit d'un état d'angoisse permanent et profond, le refuge d'un individu incertain de sa propre person­nalité. Les problèmes refoulés surgissent alors de façon dramatique à la puberté, aux lendemains des succès aux examens ou en plein âge adulte, alors que la réussite professionnelle et sociale parait excellente.

On ne saurait imputer au système scolaire l'entière responsabilité de ces situations; elles sont engendrées par la personnalité de l'individu. Mais on peut reprocher aux adultes responsables de tout faire pour encourager l'élève dans cette direction dangereuse et vers cette existence mutilée.

 

LA SANTÉ SOCIALE

 

Plus encore que sur le psychisme, l'échec scolaire a des conséquences sur la situation sociale. Quand un jeune émerge de 10 ans de fréquentation scolaire obligatoire, sans avoir acquis le moindre diplôme, ce qui est le cas de plus de cent mile jeunes qui sortent chaque année des collèges et des lycées, ce n'est pas l’absence de parchemin qui en soi constitue le fait significatif , c’est le fait d’être resté en échec pendant 10 ans. Pour ces jeunes gens, la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, mesure dont on ne peut qu'approuver le principe, s'avère dans la réalité comme catastrophique. Loin de servir à la promotion des individus, elle permet à l'institution de mener jusqu'au bout un travail de destruction. Et le pire est qu’elle parvient à convaincre ces jeunes non seulement qu’ils sont inaptes aux apprentissages scolaires, mais encore qu’ils portent l’entière responsabilité de leurs échecs. En dehors du préjudice impardonnable que l'on cause à ces jeunes gens, il y a là un gaspillage de capital humain que notre société ne peut pas laisser se perpétuer sans se trouver menacée dans son existence même.

 

PROPHYLAXIE

 

Ce qui précède pourrait amener à penser que nous tenons le système scolaire pour une institution de dégradation organisée de la santé. Ce serait bien mal nous comprendre. Nous avons voulu dénoncer ce qui, dans ce système, peut être une nuisance pour l'écolier mais il est bien évident qu'en raison de leur faculté d'adaptation, la plupart des enfants sont capables de faire front et, mieux encore, de bénéficier de leur scolarité. En réalité nous nous intéressons essentielle­ment à ceux pour qui la scolarité est mal adaptée et qui constituent les témoins, trop nombreux, de défectuosités sur lesquelles doit porter notre attention.

Les causes de ces défectuosités sont nombreuses et notre propos n'est pas de les passer en revue. Deux d'entre elles, très importantes, relèvent de notre compé­tence et nous avons des propositions précises à faire à leur sujet : il s'agit des facteurs d'hétérogénéité des élèves et des aménagements des rythmes de vie.


 

HÉTÉROGÉNÉITÉ DES POPULATIONS SCOLAIRES

 

L'hétérogénéité n'est pas une notion méconnue des enseignants ni des responsables ministériels; de nom­breux textes officiels la signalent et recommandent d'en tenir compte. Mais ces recommandations restent peu efficaces pour deux raisons :

‑ La première est que, si le phénomène est connu et signalé, son ampleur est mal appréciée. L'infinie diver­sité des personnalités, tenant autant aux facteurs d'environnement qu'aux facteurs génétiques est sous‑estimée. Le modèle scolaire est rigide ; prétendant réduire les inégalités, il les augmente en ne tenant pas assez compte des différences.

- La deuxième raison est que les solutions inventées pour répondre à l'émergence brutale de cette diversité dans les structures scolaires, lorsque la scolarité obliga­toire a été prolongée jusqu'à 16 ans, consistent, dans la majorité des cas, à diversifier les objectifs sans modifier les méthodes, L'élève qui ne peut pas suivre un enseignement est dirigé sur une autre filière; le flux principal est celui des élèves rejetés par l'enseignement général vers l'enseignement professionnel. Or, quand on y regarde de près, les méthodes d'enseignement restent les mêmes dans tous les types d'établissements et le bénéfice de ces changements s'avère médiocre ou nul.

 

Nous demandons la diversité dans les méthodes, l'objectif devant rester globalement le même pour tous : un entraînement intellectuel poussé aussi loin que possible.

 

Les inégalités des vitesses de développement

 

Si les différences individuelles sont infiniment variées, il y a cependant des phénomènes communs au déve­loppement de tous les enfants, des étapes qui sont franchies par une majorité d'entre eux à des âges voisins, ce qui a conduit à une conception beaucoup trop étroite de la normalité.

Les dispersions des âges auxquels les enfants attei­gnent les différents stades de développement et devien­nent aptes à entreprendre tel ou tel apprentissage, sont beaucoup plus importantes que ne le pensent habituel­lement parents et enseignants ; elles atteignent couram­ment 2 ans, souvent 3 et même 4 ans. Les écarts deviennent considérables au moment de la puberté dont l'âge de début connaît une dispersion de 7 ans. Certes, le développement intellectuel et notamment, l'âge d'apparition des facultés d'abstraction sont assez indé­pendants des indices de maturation physiologique ; mais il existe une assez bonne corrélation entre la maturation affective et la maturation corporelle qui influe notable­ment sur la compréhension de certains enseignements et sur l'intérêt que l'élève peut y porter. L'illustration d'une telle constatation est fournie par la meilleure adaptabilité des filles à la vie scolaire, perceptible dès le début de l'école élémentaire et fortement soulignée par l'avance générale d'un an de l'évolution pubertaire.

En pratique cela, entraîne les conséquences suivantes : l’âge normal d’entrée en cours préparatoire se situe entre 5 et 8. ans et, pour la majorité des enfants, il est plus près de 7 ans que de 6 ans.

    L'âge normal de passage en classe de 6e des collèges va de 10 ans à 14 ans. C'est bien ce que l'on

observe mais avec cette réserve que, dans les condi­tions actuelles, y parvenir à 14 ans suppose 2 ou

3 redoublements de classe, ce qui est un processus profondément différent de ce que serait une progression régulière, adaptée à la vitesse de maturation, commen­çant plus tard et progressant plus lentement. Entre ces deux situations apparemment identiques, il y a l'abîme qui sépare l’échec de la réussite.

L’âge des candidats au baccalauréat devrait s’ »échelonner entre 15 et 20 ans, alors que depuis 25 ans, on assiste au rétrécissement de la tranche d’âge des candidats autour de 17 à 18 ans (3).

Le non respect des caractéristiques individuelles de maturité ne provoque de réactions de la part des familles que pour les enfants précoces ou considérés comme tels dont on craint qu'ils soient retardés par le système.

Le danger existe mais il est insignifiant à côté de celui qui menace ceux que l'on essaie de faire progresser plus vite qu'ils ne le peuvent ; dressage et psittacisme sont alors substitués à un véritable enseignement. Cette hâte excessive est une des causes principales des échecs scolaires ; si les enfants pouvaient progresser à leur rythme, ils feraient pour la plupart les mêmes acquisitions et remporteraient les mêmes succès que leurs contemporains plus rapides.

Mais comment apprécier dans de bonnes conditions la maturité d'un élève et le niveau scolaire qui lui correspond le mieux ?

On peut recourir à des techniques d'examens systé­matiques qui rendent de grands services dans certaines circonstances mais qui sont d'un emploi trop difficile et trop lourd pour qu'on puisse envisager leur générali­sation, d'autant plus qu'elles sont loin d'être infaillibles.

En fait, on ne juge bien que sur le terrain, en observant l'élève dans la classe où on l'a placé. C'est pourquoi nous demandons que des procédures d'essai, de tâtonnement, se substituent aux décisions qui, dans les habitudes actuelles, fixent trois ou quatre mois d'avance la destinée scolaire d'un élève pour l'année scolaire tout entière, sans qu'aucun réajustement soit possible en cours de route.

Il nous semble, à cet égard, que tout le processus de la progression scolaire soit à revoir, surtout en ce qui concerne le passage de l'école maternelle à l'école élémentaire (4, 5) et les premières années de celle‑ci.

 

LE RESPECT DES RYTHMES DE VIE ET L'AMÉLIORATION DE L'ORGANISATION DU TRAVAIL SCOLAIRE

 

Le sujet a été abondamment traité et discuté au cours des 20 dernières années dans des livres, des articles ainsi que dans la grande presse (6‑8), il a fait l'objet de

3 rapports officiels (9‑11) et un chapitre lui a été consacré dans le précédent rapport remis à la Société de Pédiatrie par un groupe d'experts (12). Aussi ne reviendrons‑nous pas sur ce problème que pour insister sur 2 points :

-         l’insuffisance de sommeil de beaucoup d’écoliers ;

-         la surcharge des journées scolaires.

 

La nécessité d'un sommeil quotidien de durée suffisante

 

Il est nécessaire que les familles se soucient en priorité de satisfaire quotidiennement les besoins de sommeil de leurs enfants. Il est faux de penser que le déficit du sommeil certains jours de la semaine puisse se récupérer facilement sur les jours de congé. Ce sont les familles qui sont responsables des conditions de sommeil de leurs enfants mais l'institution scolaire y participe aussi :

‑ De grandes améliorations ont été apportées, en partie grâce à Madame J. Bouton, à la pratique de la sieste dans les écoles. Madame Bouton qui fut chargé de mission au Ministère de la Santé a particulièrement étudié ce problème (13, 14). Il y a surtout à demander que la frontière entre les « petits » qui dorment l'après-midi et les « grands » qui ne font plus la sieste, ne soit plus fixée de façon si arbitraire et rigide à 4 ans. Beaucoup d’enfants, soit parce qu’ils ont de gros besoins de sommeil, soit parce que les conditions de vie de leurs familles ne leur permettent pas des nuits de durée suffisante, ont besoin de dormir l’après-midi bien au-delà de l’âge de 4 ans, jusqu’à 10 ou 11 ans pour certains.

- Le fonctionnement de l'institution scolaire se répercute aussi sur les durée de sommeil nocturnes dans la mesure où les heures de scolarité sont trop longues. Il n’y a que sur ce point que les avis soient unanimes : les journées scolaires sont en effet trop chargées à tous les niveaux et dans toutes les catégories d’enseignement.

 

La surcharge des journées scolaires

 

La concentration excessive du travail scolaire sur certains jours a deux conséquences majeures : il n'y a pas de place pour le jeu, le mouvement, l'initiative ; dès l'entrée au Cours Préparatoire, l'obligation du savoir impose sa loi. Or nous savons qu'une règle fonda­mentale d'hygiène est le respect d'un équilibre entre la curiosité intellectuelle et l'activité physique. « Esprit sain dans un corps sain » est un des préceptes les plus anciennement admis et les plus négligés actuellement. La curiosité intellectuelle elle-même a été remplacée par une obligation d’apprendre qui peur rendre la connaissance rebutante.

L’effet pernicieux des journées déséquilibrées n’est pas ou est mal compensé par la multiplication des jours de congé. C'est tous les jours qu'un enfant doit satisfaire ses besoins de sommeil, c'est tous les jours qu'il doit également satisfaire son besoin de mouvement et de jeux.

 

Trois remèdes peuvent être proposés, isolément ou en association, pour soulager les journées scolaires :

-         diminuer les programmes ;

-         allonger les cycles d’enseignement ;

-         mieux répartir le travail sur l'année.

 

Il n'y a pas grand chose à espérer du côté des programmes : la masse de nos connaissances aug­mente avec la rapidité que l'on sait et les nouveautés ne permettent que rarement de se dispenser de connaître le passé. L'effort que doivent fournir les écoliers, collégiens et lycéens est considérable ; nous ne pouvons pas les en dispenser mais il est possible de faire en sorte que cet effort soit accompli dans de bonnes conditions.

 

L'allongement des cycles d'enseignement ouvre des perspectives plus intéressantes. Prenons l'exemple de l'enseignement élémentaire dont la durée théorique est de 5 ans. Si l’on tient compte des redoublements, on constate que sa durée réelle moyenne est de 6 ans. Si on prenait en compte cette réalité et que l'on organisait un programme étalé sur 6 ans, on supprimerait beaucoup de ces redoublements, sans avoir à recruter de personnel supplémentaire et sans avoir à construire de nouveau locaux.

 

La meilleure répartition du travail sur l'année est la mesure le plus attendue. Il est évident qu'une année scolaire qui ne comporte que 175 jours de classe pour 190 jours de congés est absurde. Répartir la même quantité,de travail sur un plus grand nombre de jours­ ne pourrait qu'améliorer, le rendement. Un calcul simple montre qu'en supprimant les congés du mercredi et en supprimant 15 jours des vacances d'été, on pourrait limiter à 3 ou 4 heures par jour la durée du travail scolaire.

Il resterait beaucoup à dire sur la répartition de ces heures au cours de la journée, sur la fréquence et la durée des récréations, sur la durée des périodes d'attention en fonction des âges et des caractéristiques individuelles. Nous disposons, sur ces points, de quelques idées directrices mais les informations solidement documentées sont peu nombreuses et il serait indispensable de renforcer nos connaissances par des études systématiques.

 

CONCLUSIONS

 

Le principe qui guide notre argumentation est que le devoir d'un éducateur est de faire progresser l'enfant dont il a la responsabilité. Mettre un enfant en situation d'échec est un acte impardonnable ; le rendre respon­sable de cet échec l'est encore plus.

Par ignorance, par égoïsme, parce qu'ils se trouvent pris eux‑mêmes dans un système qu'ils ne dominent pas, les adultes enfreignent constamment certains principes d'hygiène, certaines lois biologiques et même bien souvent, quelques principes de simple bon sens.

Un tout récent rapport présenté à l'Académie Nationale de Médecine par sa commission n° Il (Maternité, Enfance, Adolescence) sur « L'organisation actuelle de la scolarité » (15) se termine par les recommandations suivantes, adoptées à l'unanimité par l'Académie dans sa séance du 5 mars 1985 :

« L'Académie Nationale de Médecine recommande :

‑ une meilleure répartition des heures de travail et de détente dans la journée et un meilleur équilibre entre les jours de classe et de congé dans l'année;

‑ une prise en compte de la maturité psycho‑physio­logique des enfants et non pas du seul critère de l'âge dans l'accès aux différentes classes ;

‑ une plus grande souplesse dans l'âge d'entrée au cours préparatoire ; actuellement fixé à 6 ans, il devrait être modulé en fonction des capacités individuelles. »

Nous ne pouvons mieux faire que de nous associer à ces vœux et de les adopter comme conclusion de nos réflexions.

 

Références

1. POULIZAC H. Le temps du sommeil chez l'enfant. ln L'homme         malade du temps. Paris : Stock, 1979.

2. BRETON MP, DUCOT B, SPIRA A et al. Les tentatives de suicide de l'adolescente. Arch Fr Pediatr 1985; 42 : 255‑9.

3. PROST A. Les lycées et leurs études au seuil du XXIe siècle. Paris : Ministère de l'Education Nationale, Service d'information, 1983.

4. ZAZZO B. Un grand passage: de l'école maternelle à l'école élémentaire. Paris : PUF, 1979.

5. VERMEIL G. Un passage difficile: de la maternelle à la grande école. Med Enf 1981; 1 : 150‑6.

6. GURAN P. Inadaptation et échec scolaire. Arch Fr Pediatr 1984; 41 : 449‑51.

7. VERMEIL G. La fatigue à l'école. 4° éd. Paris : ESF, 1984.

8. VERMEIL G, GURAN P. Biologie du développement et scolarité. Bull Acad Nat. Med 1984; 168: 1027‑32.

9. DEBRE R, DOUADY D. La fatigue des écoliers français dans le système scolaire actuel. Rapport au Conseil de la Recherche Pédagogique. Paris: Publications de IPN, 1962.

10.      MAGNIN P. Organisation des rythmes scolaires et aménagement général du temps. Rapport au Conseil Économique et SociaL Paris : JO 1979; Il 561 : 28.

11. LEVY E. Les rythmes scolaires. Rapport au Conseil Économique et Social. Paris : La Documentation Française, 1980.

12. VERMEIL G, BOULARD P, DAILLY R, GURAN P. Les pédiatres et les difficultés scolaires. Arch Fr Pediatr 1979; 36 : 619‑28.

13. BOUTON J. Réapprendre à dormir. Paris: ESF, 1976.

14. BOUTON J. Bons et mauvais dormeurs. Paris: Gamma, 1971.

15. MERGER R. Rapport sur l'organisation actuelle de la scolarité. Bull Acad Nati Med 1985; 169, N° 34.

 

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