Ce rêve

Ce rêve. Comme un couteau introduit entre les omoplates de la mort. Ce rêve. Servi aux corneilles et aux freux. Mis en gérance sur les récifs de la nuit. Accommodé au peu au pire aux pourritures. Ce rêve. Comme le verso de l’âme le coma de la mort. Ce rêve.

Personne je dis personne il n’y aura personne pour nous en priver nous en déposséder nous en dépouiller quelqu’un a-t-il une fois disséqué la banquise quelqu’un a-t-il une fois désossé une flamme quelqu’un a-t-il une fois écorché une chimère Personne je répète personne il n’y aura jamais personne pour nous interdire le flux et le reflux pour nous proscrire les soubresauts pour nous défendre d’incendier nos reins nos cœurs aux corps de toutes les filles quelqu’un a-t-il une fois tourné le dos aux loups aux corbeaux quelqu’un a-t-il une fois défalqué les catafalques avant de payer la note du destin quelqu’un a-t-il une fois éparpillé les illusions au point d’en vacciner la société Personne j’insiste personne il n’y aura personne pour nous préserver de la beauté des étoiles pour nous détourner d’affranchir les esclaves pour nous abasourdir mieux qu’un sourire une larme.

Ce rêve. Comme un canif planté dans l’épaule gauche de la glaise. Ce rêve. Asservi astreint enchaîné aux calomnies. Mis en berne sur les brisants de la vie. Habitué à marcher au pas au guère aux dictatures. Ce rêve. Comme le cerceau de l’esprit le vertige de la vie. Ce rêve.

 

St Didier de Bizonnes, le 3 janvier 2002

Yves Béal

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